La vie a plus d'imagination que toi

Najat Vallaud-Belkacem

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La vie a plus d'imagination que toi

Najat Vallaud-Belkacem

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Edition : La Croisée des chemins

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<p>En novembre 2021, délestée des mille et une obligations qu’imposent les responsabilités politiques, je suis retournée dans le village de mon enfance, Beni Chiker. Comment décrire ce voyage à rebours du temps? La route serpentueuse, la mer si proche, si majestueuse, et dont, enfant, je n’avais pas la moindre conscience parce qu’alors la mer nous effrayait, nous lui tournions le dos. Dans un novembre pâle, sous un ciel d’un bleu intense, les ombres des arbres sur le sol, je marche au milieu des herbes folles entre les roches couleur de miel, quelques cactus, et enfin la maison familiale. Désertée depuis longtemps, à moitié en ruines désormais, des murs en pisé ébréchés, quelques fragments de fenêtres et la porte azur délavé qui continue à défier les visiteurs et s’ouvre sur ce qui subsiste du patio central. Et là, au milieu de la cour abandonnée, l’étrange miracle d’un citronnier pris dans le filet de l’âge, continuant obstinément à résister en donnant un fruit, un seul, comme pour braver le temps. Ce citronnier m’a fait réfléchir. Qu’est-ce qui, comme lui, a continué à pousser en moi de cette terre qui m’a vue naître ? Lorsqu’on s’installe dans un autre pays, bon gré mal gré, parce qu’on s’intègre, et dans mon cas, parce qu’on parle en son nom, on s’identifie tellement à ce dernier qu’on en oublie parfois ce qui nous compose fondamentalement, quand ce ne sont pas les autres qui nous imposent, carrément, de silencier cette partie de nous. Et pourtant, a continué de grandir en moi la petite Marocaine que j’étais. Avec ses mots, timides et trébuchés, de berbère, avec son amour des musiques rifaines, avec son extrême sensibilité aux inégalités du monde, au dérèglement climatique qui assèche les récoltes.</p>
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En novembre 2021, délestée des mille et une obligations qu’imposent les responsabilités politiques, je suis retournée dans le village de mon enfance, Beni Chiker. Comment décrire ce voyage à rebours du temps? La route serpentueuse, la mer si proche, si majestueuse, et dont, enfant, je n’avais pas la moindre conscience parce qu’alors la mer nous effrayait, nous lui tournions le dos. Dans un novembre pâle, sous un ciel d’un bleu intense, les ombres des arbres sur le sol, je marche au milieu des herbes folles entre les roches couleur de miel, quelques cactus, et enfin la maison familiale. Désertée depuis longtemps, à moitié en ruines désormais, des murs en pisé ébréchés, quelques fragments de fenêtres et la porte azur délavé qui continue à défier les visiteurs et s’ouvre sur ce qui subsiste du patio central. Et là, au milieu de la cour abandonnée, l’étrange miracle d’un citronnier pris dans le filet de l’âge, continuant obstinément à résister en donnant un fruit, un seul, comme pour braver le temps. Ce citronnier m’a fait réfléchir. Qu’est-ce qui, comme lui, a continué à pousser en moi de cette terre qui m’a vue naître ? Lorsqu’on s’installe dans un autre pays, bon gré mal gré, parce qu’on s’intègre, et dans mon cas, parce qu’on parle en son nom, on s’identifie tellement à ce dernier qu’on en oublie parfois ce qui nous compose fondamentalement, quand ce ne sont pas les autres qui nous imposent, carrément, de silencier cette partie de nous. Et pourtant, a continué de grandir en moi la petite Marocaine que j’étais. Avec ses mots, timides et trébuchés, de berbère, avec son amour des musiques rifaines, avec son extrême sensibilité aux inégalités du monde, au dérèglement climatique qui assèche les récoltes.

ISBN 9789920513708

Langue Français

Auteur Najat Vallaud-Belkacem

Edition La Croisée des chemins

Date de publication 2025